Cie avec vue sur la mer / site archive

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Edito Avril / Mai 2009

ROLLIN' AND TUMBLIN'

(roulant et chutant)

 

Histoires d'une création, histoire d'une compagnie.

 

Prenez le temps, c'est un peu long mais instructif. Et nous ne sommes pas les seuls dans ce cas... alors, ne lâchons rien !

 

 

 

Nous voici fin avril 2009.

Résumé des épisodes précédents.

 

Il y a un an presque jour pour jour, nous avons décidé de reculer d'une saison une belle aventure d'un genre un peu particulier, Rock never sleeps, théâtre et musique, évocation d'une jeunesse française (selon l'expression consacrée), hommage aussi à un énorme phénomène sociologique, culturel et… artistique (si, si !) : l'explosion de la musique rock.

 

La  maquette  que nous avions présentée en novembre 2007 au théâtre d'Arras nous avait confirmé que ce projet touchait un large public (des d'jeun's curieux d'en savoir plus sur les origines du phénomène et des cinquantenaires – voire plus ! – heureux de ce voyage dans le temps). Pour preuve : les conversations animées, enflammées, au bar, à l'issue de ce joyeux foutoir de 2 heures 30…

 

Mais voilà, manque de dates, manque de lieux d'accueil… Manque de sous ! Donc on décale tout d'un an.

 

Toujours soutenus dans cette entreprise par les Scènes Nationales de Sénart et de Châteauroux (merci à eux !), nous sommes repartis en quête de partenaires dès l'été 2008.

 

Passage obligé : Avignon avec ses rendez-vous coincés entre 2 spectacles.

 

Résultat : 1 directeur de Centre Culturel au Luxembourg intéressé (« mais faut que tu viennes voir ma salle »).

2 directeurs de Scènes nationales (très) intéressés (1 en Rhône-Alpes, 1 en Languedoc-Roussillon).

 

Je reviens d'Avignon si pas optimiste, du moins un peu ragaillardi.

 

Immense tristesse en apprenant le décès de Bo Diddley, magnifique inventeur du rythme jungle tribal, copié par tout le monde. Total respect, man !

 

 

A la rentrée, je me lance bille en tête dans la construction de A la Fortune du Pauvre (en pleine tourmente des places financières, je vous dis pas le bordel !) mais j'essaie de ne pas oublier Rock never sleeps. On renvoie des dossiers et des é-miles dans tout l'hexagone.

 

C'est là que l'on rentre dans les « montagnes russes ».

 

Le directeur de la S.N. de Rhône-Alpes (qui voulait caler une date très très vite) devient injoignable. Il ne répond ni à mes messages téléphonés ni à mes é-miles.

Ca descend !

Nous rencontrons La Virgule/Compagnie J.M. Chotteau (Tourcoing/Mouscron) qui voulait déjà nous programmer à l'origine du projet. Le directeur nous confirme son envie mais « faut qu'on se revoie en mars ».

Ca remonte !

Je me fais un aller-retour Lille-Luxembourg (dans une voiture sans chauffage) pour visiter un lieu magnifique mais son directeur m'apprend 5 mois plus tard… qu'il doit fermer ce lieu pour raisons techniques.

Ca redescend !

Nous rencontrons un directeur de Scène nationale du Nord-Pas-de-Calais. En sortant du rendez-vous, ma collaboratrice m'affirme : « il va l'acheter !».

Ca re-remonte !

Une directrice de Scène Nationale (Nord-Pas-de-Calais) m'écrit qu'elle préfère me « dire non pour ne pas me faire attendre ». Un directeur de Scène Nationale (Bretagne) me tient à peu près le même discours…

Ca re-redescend !

Je rencontre un directeur de théâtre missionné (Champagne-Ardennes), plutôt attentif.

Ca re-re-remonte un peu !

Le directeur de la Scène Nationale de Languedoc-Roussillon est très difficile à joindre jusqu'en décembre où il finit par me dire que « la situation est compliquée ».

Ca re-re redescend !…

Noël arrive… Rien de bien concret et… déjà pas mal d'inquiétudes…

 

 

Nouvelle grande tristesse en apprenant la mort de Mitch Mitchell, l'excellent batteur du Jimi Hendrix Experience... Putain de merde, les 3 musiciens du groupe sont morts !

Je me console en écoutant en boucle « Easy come easy go » de Marianne Faithfull. Thank you Madame.

 

 

Début janvier : enfin un peu de « solide ». On arrête 3 dates à Sénart, 1 ou 2 à Châteauroux et 3 à Arras (où le nouveau directeur, Jean-Michel Lejeune, décide de nous suivre).

 

Nouvelles relances avec ce début de calendrier arrêté.

Toujours les mêmes difficultés à avoir les gens au téléphone. Quant aux é-miles… A croire qu'ils ont tous de gros problèmes de connexions…

 

 

Février : mouvements de portes.

 

S.N. de Rhône-Alpes, enfin joignable : « c'est pas moi qui fait la prog. musique – Mais c'est pas de la musique ! – Ah ! bon, j'en reparle à l'équipe… ».

 

La porte se ferme lentement…

 

Un directeur de S.N. de Franche Comté m'écoute longuement avec attention…

 

Une nouvelle porte s'entr'ouvre.

 

S.N. de Languedoc-Roussillon : « Je vais peut-être devoir fermer le théâtre pour cause de travaux mais je dois attendre la décision des élus » - « Tu m'avais parlé d'une autre salle possible » - « C'est compliqué… au coup par coup… je te rappelle ».

 

La porte se ferme lentement.

 

Une directrice de S.N. Pays de la Loire m'écoute longuement avec attention…

 

Une nouvelle porte s'entr'ouvre.

 

Un directeur de S.N. Nord/Pas-de-Calais (celui-là même que l'on avait rencontré à l'automne) nous fait savoir par é-mile que « la situation est complexe et que… ».

 

La porte se ferme lentement…

 

Jean-Luc Ponthieux, éminent bassiste dans notre projet, me dit qu'un gros Centre Culturel du Val d'Oise serait bien intéressé par le projet. Je rencontre le directeur et ses assistants, ils sont, effectivement, plutôt enthousiastes.

 

Une porte s'entr'ouvre…

 

La directrice de S.N. Pays de la Loire me fait savoir par é-mile qu'elle « ne connaît pas assez mon travail » et pas assez la nouvelle ville dans laquelle elle prendra bientôt ses fonctions.

 

La porte se referme.

 

 

Antony and the Johnsons, c'est blindé à Paris, Bruxelles et Strasbourg! Je me consolerai en allant écouter Bob Dylan !

 

 

Mars/avril : les portes se ferment à clé !

 

La Virgule fait machine arrière en deux temps. « Pas assez ceci, trop cela… ». La porte mettra 15 jours à se fermer… à double tour. On espérait 3 dates !

 

La S.N. de Franche-Comté ne nous laisse plus d'espoir (« problèmes de public »).

 

La S.N. de Languedoc-Rousillon ferme à clé.

 

La S.N. du Nord-Pas-de-Calais ferme à clé (« Je ne suis plus entièrement maître de la situation. J'en suis triste et désolé »).

 

Le directeur du Théâtre Missionné de Champagne-Ardennes prend la peine de m'appeler sur mon portable pour me dire que finalement il ne nous programmera pas.

 

Et alors, me direz-vous, la S.N. de Rhône-Alpes ? Eh bien elle continue à faire le mort…(Quel courage !)

 

Veille de 1er mai : enfin une bonne nouvelle !

 

Le 30 avril, en fin d'après-midi, mon portable sonne. C'est le directeur du Figuier Blanc (nouveau Centre Culturel d'Argenteuil, Val d'Oise) qui m'appelle. Il nous propose... 2 dates! Vues nos difficultés tenaces, c'est miracle !

  

Bilan non définitif (enfin… espérons-le !).

 

Résumé : en avril 2008, nous avons reporté le projet d'un an en grande partie parce que nous n'avions pas assez de dates (10).

Un an plus tard - et après avoir beaucoup beaucoup bossé – on en est à… 9 dates sûres, avec une espérance (encore possible) de 10/11 dates.

 

Le rock n'est pas mort !

 

Dans le meilleur des cas, donc, on retournera exactement à notre point de départ + 1 date !

Ce parcours du combattant est un exemple, probablement parmi beaucoup d'autres, de projets qui, par les temps qui se traînent, ont une extrême difficulté à se monter dans des conditions décentes.

 

Comment réagir ?

 

J'entendais ce matin à la radio Gilles Jacob, président du Festival de Cannes, dire que el métier de cinéaste était un métier fait d'humiliations... on pourrait dire la même chose de nos métiers, dans le spectacle vivant... Mais l'autre versant, c'est la tenacité ! On roule, on tombe, on se relève!

 

Donc, ce projet, nous le mènerons à terme, quitte à en revoir la forme générale, quitte à en diminuer le budget. Tout une équipe a accepté, bon gré mal gré, de « digérer » le report d'un an. Pas facile. Un auteur/metteur en scène a du accuser le coup. Pas facile non plus !

 

Remercions encore nos partenaires fidèles, Jean-Michel Puiffe et François Claude, et faisons fi de la frilosité, des valses hésitations, des tergiversations, des bonnes et des mauvaises excuses des uns et des autres en qui nous avions mis quelque espoir.

 

Gageons que Rock never sleeps puisse être une grande fête, une célébration joyeuse, un moment rare d'échange et d'énergie.

Il est pour le moins curieux qu'à l'heure où tout le monde parle d'inter disciplinarité, où tout le monde dit que le rock est entré définitivement dans le monde de la Culture, un projet comme le nôtre suscite autant de « prudence » de la part des programmateurs.

 

Beaucoup de ces programmateurs (une bonne quinzaine !) nous ont promis de « venir voir ». Il faudra qu'ils visent bien car nous n'aurons que très peu de dates à leur proposer… Mais, on peut toujours espérer, même si l'on sait définitivement que « promesse d'un jour, poisson d'avril » !

 

A part ça, Dylan c'était… comment dire… Dylan quoi. Au-delà du bien et du pas bien. Quant à son dernier opus, c'est une vraie merveille, une plongée atemporelle dans un honky-tonk tex-mex un peu délabré après la fermeture, quand on sort les binious et le 20 ans d'âge, le tout enregistré par les micros de Sun Records. Comme le dit le titre de la dernière chanson, «it's all good ». Merci pour tout, Robert !

 

PS : Je viens d'apprendre la disparition de Roger Planchon. J'avais 20 ans quand je l'ai rencontré la première fois, à l'époque de son Tartuffe "historique". Je n'ai pas aimé tout ce que j'ai vu de lui mais c'était à coup sûr un infatigable défenseur du théâtre de service public, peut-être la dernière grande figure historique de la décentralisation.

Directement ou indirectement, tous celles et tout ceux de ma génération lui doivent quelque chose. Comme l'a magnifiquement dit Patrice Chéreau (à qui il a ouvert les portes de "son" TNP en 1971!), il y avait chez cet homme quelque chose de l"éblouissement de la découverte théâtrale". Salut Roger !

 

 

Stéphane Verrue

14 mai 2009



30/04/2009
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